Compte rendu du Grand RDV avec Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion

Jeudi 10 Novembre

Lors d'une rencontre organisée par l'Association des journalistes de l'information sociale (AJIS), le 10 novembre, la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville, a dressé un bilan de son action.

Au programme, tous azimuts, les bilans du plan pauvreté, du plan d’action pour le travail social, de la politique pour le handicap et d’une réponse accompagnée pour tous.

Stabilisation du taux de pauvreté et réduction des inégalités

Concernant le plan pauvreté, Ségolène Neuville a rappelé les nombreuses mesures de revalorisation mises en oeuvre depuis 2013 (revalorisation du RSA, de l'ASF, du complément familial, etc.) : 2,6 milliards d’euros ont été redistribués aux 2,7 millions de ménages les plus démunis depuis le début du quinquennat, a-t-elle précisé. A ces revalorisations s’ajoutent un ensemble de mesures de simplification administrative. A l’instar de l’AAH, qui peut désormais être conservée à 65 ans alors qu’il fallait auparavant passer au minimum vieillesse.

« Toutes ces mesures auront un impact sur le taux de pauvreté, qui s’est stabilisé depuis 2012. En revanche, les études statistiques montrent clairement que les inégalités sociales se réduisent. Une tendance logique comme nous avons revalorisé les minima sociaux tout en augmentant les prélèvements des plus riches. Mais bizarrement, les médias disent le contraire et continuent d’asséner que les inégalités se creusent. Comment expliquez-vous cela ?! »

Première marche vers le dossier social unique

« Ce que tout le monde attend et voudrait, c’est le dossier social unique. On y travaille mais c'est difficile ! Pour l’heure, nous mettons en place la transmission des pièces justificatives entre caisses de retraite, Caf, CPAM, Pôle Emploi etc. Cette mesure est intégrée au PLFSS 2017. C’est une belle évolution ! ». L’étape suivante, encore lointaine, résidera dans la création d’un seul formulaire pour l’ensemble des prestations. « Ce sera possible le jour où le numéro de sécurité sociale ouvrira des droits à toutes les administrations. Ce qui pose aujourd’hui la question de la confidentialité des données et de l’accès de tous au numérique. Cette mesure pourrait révolutionner le système social ! Le principal problème des gens aujourd’hui est qu’ils doivent aller d’un guichet à un autre remplir des papiers. »

Trois fonds pour les départements

Interrogée sur la fronde des départements sur les allocations individuelles de solidarité (AIS), Ségolène Neuville a rappelé l’existence de trois fonds pour les départements : le fonds de mobilisation départementale pour l’insertion, de 150 millions d’euros, pour les départements les plus en difficulté, le fonds d’urgence, de 200 millions d’euros, ainsi qu’un nouveau fonds pour l’insertion, de 50 millions d’euros par an. « Sachant que ce dernier fonds implique que les départements s’engagent en retour dans des mesures de lutte contre l’exclusion. »

Sur la lutte contre la pauvreté au niveau départemental, la secrétaire d’Etat a reconnu que 15 départements avaient un budget d’AIS supérieur à 30 % du budget. Néanmoins, « ceux qui crient le plus fort ne sont pas ceux qui sont le plus en difficulté ». Et de pointer le manque de déclinaison du plan pauvreté dans certains départements et d’« énormes différences en termes de volonté politique ».

Revalorisation des fonctionnaires : les négociations démarrent à la mi-novembre

Dans un contexte où les travailleurs sociaux ressentent une perte de sens de leur métier à cause de l’amoncellement de dispositifs techniques qu’ils ne peuvent tous maîtriser, il est essentiel de redéfinir le travail social, a-t-elle rappelé. La mission a été confiée au Haut conseil du travail social (HCTS). L’objectif : inscrire une définition du travail social dans le Code de l’action sociale et des familles, sous forme de décret. Les métiers du social seront également revalorisés, d’un montant encore inconnu. Les négociations dans la fonction publique vont démarrer à la mi-novembre. Seule certitude : « les travailleurs sociaux vont passer de niveau 3 à niveau 2, et de cadre B à cadre A dans la fonction publique ».

Quelle vision pour ces métiers ? « Notre société est encore trop imprégnée de stéréotypes paternalistes ou sur l’assistanat. C’est le rôle des travailleurs sociaux de lutter contre les stéréotypes. Dans le secteur du handicap, la vision paternaliste et compassionnelle est encore trop présente. La France s’engage à être plus inclusive et ouverte. La réforme des diplômes, dont la mise en œuvre est prévue pour la rentrée 2018, participe de ce mouvement. Les travailleurs sociaux y sont étroitement associés ».

« On a trop longtemps réduit le handicap à l’accompagnement médico-social »

« Je ne peux pas laisser dire ça », a répondu Ségolène Neuville à l’évocation du « bilan morose » dressé par l’association APF sur la politique de l'emploi des personnes handicapées de François Hollande. Et de concéder le nombre de personnes en situation de handicap au chômage. « C’est trop et ce nombre augmente mais le problème est structurel. » En cause selon elle, les difficultés d’accès à l’école et à la formation.

Concernant l’emploi des personnes handicapées, son cabinet réfléchit avec les associations du handicap et les partenaires sociaux à une manière de rendre le système plus incitatif.

Plus globalement, « on a trop longtemps réduit le handicap à l’accompagnement médico-social. Mais le médico-social ne doit pas être à part de la société. Depuis le dernier plan autisme, nous savons que le diagnostic et l’accompagnement précoce sont importants. Nous savons que l’enfant en situation de handicap peut rester en milieu ordinaire avec un accompagnement. »

1er janvier 2018 : généralisation d’une réponse accompagnée pour tous

Concernant le 3e plan autisme, son évaluation par l’Igas devrait être livrée d’ici mars 2017. Le 4e plan autisme, dont les grands axes seront présentés lors du CIH de décembre, sera davantage centré sur les adultes. Il partira du constat selon lequel les capacités des personnes autistes à participer à la société sont sous-estimées. Pour sa conception, la secrétaire d’Etat a insisté sur le fait que de nombreux citoyens y participaient.

Sur "Une réponse accompagnée pour tous", Ségolène Neuville a rappelé sa généralisation au 1er janvier 2018. Dès lors, toute personne dépourvue de solution d’accompagnement pourra saisir la MDPH qui invitera à son tour ses partenaires autour de la table pour trouver une solution. Le même système d’information s’appliquera également à toutes les MDPH. Seule épine, le nombre officiel de personnes en situation de handicap, aujourd’hui difficilement recensé.

Voici la dédicace laissée par Ségolène Neuville sur le Livre d'Or de l'AJIS à l'issue de la rencontre :
« C’est vraiment agréable de pouvoir prendre le temps de discuter le fond des sujets avec des journalistes : je m’en rends encore mieux compte maintenant, après 2 ans ½ au gouvernement.
Surtout il vous faut continuer ces rencontres, à une époque où vous, comme nous, sommes souvent contraints de nous exprimer en 30 secondes. Et puis je prends plaisir à discuter de mes sujets, l’exclusion et le handicap, et des sujets sociaux en général, avec des journalistes intéressés et spécialisés.
Donc ne lâchez rien, continuez, car votre action est indispensable : il faut parler et faire parler de l’action sociale !
Chaleureusement,
Ségolène Neuville »

Crédit photo : Noémie Colomb